Trait d'union entre mer et montagne, le vignoble de Collioure-Banyuls demeure sans conteste l'un des plus beaux au Monde. Les catalans eux mêmes le reconnaissent souvent qui, après avoir vadrouillé sous d'autres cieux, sont un jour ou l'autre irrémédiablement happés par leurs origines. Quant aux étrangers - catégorie qui peut parfois viser, dans l'esprit du Banyulenc, tant le véritable "gabatx" que le catalan de Perpignan - rares sont ceux qui résistent aux charmes de ces paysages à la fois sauvages et longuement façonnés par l'homme.
| photos O. Coudert |
Ancré à une terre de contrastes aux caractères souvent violents - à l'image de la tramontane - mais profondément attachants, le paysage viticole frappe ici tant par son aspect parfois abrupt que par sa géométrie : terrasses, murettes de schistes et autres "peu de gall" sculptent les coteaux en autant de traits horizontaux, verticaux et de diagonales, leur conférant une identité reconnaissable entre toutes.
Les parcelles sont aménagées autour de structures bâties sur un plan vertical, les "agouilles" qui, parcourant le versant de haut en bas, collectent les eaux de ruissellement et les dirigent vers les ravins ou les cours d'eaux. Sur ces agouilles verticales se connectent des structures diagonales : agouilles secondaires, "peu de gall" (pied de coq, en catalan) et autres "zigzags", qui interceptent les ruissellements superficiels issus des terrasses, les concentrant sur les agouilles verticales.
| Véraison : les baies prennent des couleurs |
traditionnellement, les souches sont remplacées au fur et à mesure, cep par cep ; ainsi certaines "vieilles" vignes ont-elles en fait été entièrement replantées.
Souple et charnu, le grenache noir apporte de la rondeur et du gras, avec des arômes de fruits noirs (cassis), de poivre, de réglisse, puis de kirsch.

Le grenache blanc, ainsi que le grenache gris (plus aromatique), constituent l'essentiel de l'encépagement destiné à l'élaboration des vins blancs - rejoints plus récemment par le vermentino, la marsane voire la roussanne (AOC Collioure blanc).
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Vin des coteaux de Banyuls (*)

Ce millésime 2008, composé à 55 % de vieux carignans, à 40 % de vieux grenaches, le reste en mourvèdre, est issu de raisins de deux parcelles bien distinctes, situées toutes deux sur la commune de Banyuls-sur-mer. A la dégustation il vous paraîtra sans doute puissant, structuré (carignan), fruité et épicé, avec une rondeur soyeuse (grenache) qui enveloppe le palais. Il est conseillé de le passer préalablement en carafe, afin de l’oxygéner et favoriser la sensation d’équilibre.
Les vieux grenaches, plantés pour la plupart au milieu des années 1950, proviennent d'une parcelle de 40 ares exposée plein est, dans le secteur de la Coume del Mas. La pente, moyenne pour l'appellation, est organisée en terrasses (« feixes ») ; depuis quelques années les sols ne voient quasiment pas de désherbant et les méthodes de culture sont des plus "naturelles" : travail à la pioche (« xadic ») autour des pieds, maîtrise de l'enherbement naturel à la débroussailleuse, etc.
S'agissant des vieux carignans, vendangés sur une parcelle située dans le secteur du col del Bast, les conditions d'exploitation sont très comparables - même si l'exposition est davantage sudiste.Les raisins, totalement égrappés, ont été mis en cuve successivement, les 18 et 19 septembre 2008 : d'abord le carignan, puis le grenache et le mourvèdre - un système de refroidissement par circuit d'eau fraîche permettant de retarder le départ en fermentation quelques jours, pendant la phase de macération. Pas d'adjonction de levures artificielles pour la fermentation alcoolique. Peu de soufre, quelques pigeages et remontages manuels.
Au total, une cuvaison de trois semaines environ avec, à l'arrivée, un peu moins de 3 hectolitres d'un vin rouge sec titrant 15 % de vol. d’alcool. Ni collé, ni filtré et très peu sulfité avant mise en bouteille, au terme de la fermentation malolactique, ce vin n'a droit officiellement à aucune appellation -car élaboré en marge d’apports de raisins à la coopérative. D'où l'intérêt de baptiser cette cuvée… « AOC » !
(*) tarif et disponibilité sur demande